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Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

INSTITUTS REGIONAUX ADMNISTRATION

13 Octobre 2018 , Rédigé par FO Services Publics 51

INSTITUTS REGIONAUX ADMNISTRATION

Une réforme des IRA se prépare, avec les besoins des employeurs dans le viseur

 

Au cœur de la réforme à venir des instituts régionaux d’administration (IRA), plusieurs enjeux RH et budgétaires. La formation initiale des attachés d’administration au sein de ces organismes sera concentrée sur les six premiers mois, avant six autres effectués chez les employeurs, lesquels devraient dorénavant décider de leur titularisation. Les concours seront aussi revus dans un second temps.

 

Coller davantage aux besoins des ministères-recruteurs, proposer aux agents une formation un peu plus personnalisée et “mieux contribuer à l’effort budgétaire que le Gouvernement demande à l’ensemble de ses services”. Voilà trois des objectifs affichés par la réforme des instituts régionaux d’administration (IRA) actuellement élaborée par la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) et qui devrait entrer en vigueur dans un an, en septembre 2019.

Pour rappel, les 5 IRA (Lyon, Lille, Metz, Nantes et Bastia), créés dans les années 1970 et 1980, délivrent une formation initiale aux attachés d’administration (catégorie A) et à une pincée de secrétaires des affaires étrangères du Quai d’Orsay. Principale nouveauté : fini l’organisation sur un an faite d’allers-retours entre stages professionnels dans les administrations et période d’enseignement commun dans les IRA qui mobilisait au final les locaux et les personnels des instituts pendant douze mois.

Renforcer le lien avec l’employeur

La scolarité intra-IRA sera concentrée sur les six premiers mois, alors qu’elle était jusqu’ici organisée sur sept mois en trois temps. Puis, à l’issue de cette première période, s’écouleraient deux mois en préaffectation (sous la responsabilité du directeur d’IRA) pour une immersion en service “progressive et facilitée”, selon le storytelling officiel ; et enfin quatre mois de prise de poste au cours desquels le stagiaire recevrait une formation continue dont le contenu reste à imaginer, mais qui serait calibrée en fonction des besoins des employeurs.

Les deux stages professionnels stricto sensu de deux mois chacun devraient donc être supprimés, au grand dam des syndicats, très attachés au principe d’une formation en alternance et qui auraient bien voulu conserver au moins un stage, tout en étant conscients des faiblesses de l’architecture globale actuelle : tronc commun trop long et académique, redondance des périodes de stage, impossibilité d’une réelle formation à la carte.

D’un point de vue budgétaire, la réforme conduit à une baisse des emplois et de la masse salariale sur la mission “Gestion des finances publiques et des ressources humaines”, la rémunération des élèves étant prise en charge par l’employeur à compter du huitième mois contre douze mois aujourd’hui totalement financés par l’institut.

La réforme en gestation s’inspire d’un rapport de l’inspecteur général des finances Jérôme Fournel, élaboré en 2017, peu avant qu’il ne prenne la direction du cabinet du ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin. L’approche repose sur des temps de formation initiale plus courts, au bénéfice de la formation continue, dans le prolongement de ce qui se fait depuis trente ans. À la création des IRA, la formation s’étalait sur deux ans.

La mise en œuvre à construire

Dans le mouvement qui s’annonce, le renforcement du lien avec l’employeur constitue un axe cardinal de la réforme. “Jusqu’à présent, les IRA livraient un produit fini sur lequel l’administration n’avait pas son mot à dire, note un haut fonctionnaire. Avec la réforme, les élèves seront en situation d’être évalués sur la durée et la décision de titularisation reviendra aux ministères et non plus aux IRA. Une bonne chose, car c’est à eux de dire si l’attaché fait l’affaire ou pas.”

En volume, les 5 IRA continueront de former, dans un premier temps, le même nombre d’élèves qu’aujourd’hui (700), mais avec deux promotions de 350 élèves. Avec un calendrier moins figé, puisque deux sorties de promotion par an seront organisées au lieu d’une seule. Les ministères devraient donc pouvoir gérer plus efficacement leurs ressources humaines sur ces postes et éviter plus facilement les vacances de postes. Une souplesse qu’ils réclamaient.

Sauf un. “On peut relever un non-dit, à savoir la forte opposition du ministère de l’Éducation nationale à cette réforme, car il n’est pas du tout outillé pour recevoir deux vagues annuelles de promotion, tout son système étant calé sur la rentrée de septembre”, note un observateur avisé.

La réforme devrait aussi, espère-t-on, de mieux suivre les élèves dans des plus petites promotions, en leur délivrant une formation plus personnalisée, notamment par le truchement d’une refonte des contenus pédagogiques, en principe moins académiques à l’avenir.

L’un des gros enjeux résidera par ailleurs dans la coconstruction du parcours des six derniers mois entre les ministères et les instituts. “Il y a un travail de pédagogie pour faire comprendre que la première année reste une année de formation et d’apprentissage, même si les IRA ne la pilotent plus à 100 % et qu’ils travailleront beaucoup plus avec les employeurs qu’auparavant, analyse un acteur du dossier. Les IRA garderont un œil sur la formation des attachés pour les six mois restants, tel que c’est prévu. Après, ça, c’est la théorie. On va voir comment cette articulation va se mettre en place pratiquement. Cela peut se révéler assez difficile.”

Débat sur les modalités de sortie

Dans les prochaines années, les promotions des IRA pourraient progressivement augmenter (on parle d’environ 800 élèves au total, à terme) afin de fournir la même durée de formation initiale à tous les attachés du corps interministériel à gestion ministérielle (Cigem), dont certains entrent aujourd’hui directement dans leurs postes, sans formation (essentiellement pour des raisons budgétaires).

 

 

Mais d’ici un an, la réforme devra être très largement finalisée. Il reste encore pas mal d’arbitrages à rendre, notamment sur l’articulation entre l’acquisition des compétences en fonction des besoins de l’employeur, la personnalisation, ainsi que la fixation du moment et de la manière de choisir le poste. Les représentants CFDT et CGT au comité technique commun des IRA auraient souhaité que les élèves connaissent la liste des postes à pourvoir dès l’entrée en formation, ce qui ne paraît pas être l’option retenue par la DGAFP.

“Sans connaissance anticipée des postes et affectation anticipée des élèves, il n’est pas possible d’adapter la seconde partie de la formation aux attentes du futur employeur et au profil du futur poste”, ont jugé mi-mai les représentants du personnel. “Deux aberrations majeures entrent en contradiction entre les objectifs annoncés et les propositions émises : le modèle avancé prône l’individualisation et la rend impossible par le maintien d’un mécanisme d’affectation sur la base d’un classement et d’épreuves, ont-ils aussi regretté. Le modèle prône une approche par compétences mais en recentre la formation sur des enseignements au détriment des mises en situation professionnelles sur le terrain.”

“L’enjeu n’est pas celui d’une individualisation stricte qui impliquerait une formation à la carte, mais celui de transmettre un socle commun de compétences en s’assurant que les personnes concernées pourront investir la formation de la manière la plus adaptée à leurs besoins”, a répondu la DGAFP dans des éléments de langage transmis aux personnels en amont d’un séminaire organisé le 21 juin dernier, en précisant que le choix du poste pourrait être fixé au cinquième mois.

Apparaît ainsi en filigrane un enjeu autour de l’acquisition des compétences et des familles de métiers, qui impactent les fiches de poste. Surtout pour les élèves issus du concours externe qui n'auraient pas pu faire auparavant de stages pratiques dans les administrations concernées.

La réforme des concours dans un second temps

Dans le même registre, le mode de classement des élèves devra aussi être arbitré. La DGAFP paraît plutôt encline à maintenir le classement de sortie, là où les directeurs d’IRA semblent militer pour l’élaboration d’affectations sur la base du classement du concours d’entrée. Et ce afin de préserver les six mois de la scolarité raccourcie de l’impact des épreuves.

Quoi qu’il en soit, la réforme des IRA ne s’arrêtera pas là. Un deuxième étage de la fusée devrait, dans un second temps, voir le jour : la révision des trois concours d’entrée. Cette révision n'interviendra pas avant 2020 puisque la jurisprudence impose de respecter un délai (estimé en général à un an) entre la sortie des textes modifiant la nature des épreuves d’un concours et l’organisation dudit concours, pour laisser le temps nécessaire aux candidats de s’y préparer et aux centres de préparation de revoir leurs programmes de formation. L’idée serait de bâtir des concours un peu plus professionnels et moins académiques sans pour autant rogner sur les exigences en matière de connaissances théoriques.

Parmi les pistes en gestation : l’organisation d’épreuves reposant partiellement sur des questionnaires à choix multiple. “Le coefficient de cette épreuve resterait faible, en revanche, il y aurait une note éliminatoire afin d’écarter des gens qui, pendant les six mois de la scolarité à l’IRA, ne seraient pas au niveau pour suivre dans de bonnes conditions ni pour se lancer dans leur nouveau poste au terme de l’année de formation, précise une source.

 Car aujourd’hui, certains fonctionnaires du troisième concours présentent encore de graves lacunes. Mais entre les gens qui auront le niveau, le concours ne ferait pas trop prévaloir l’académique et les épreuves seront plus professionnelles, en s'inspirant de ce qui se fait par exemple pour le concours interne.” Là encore, les arbitrages sont loin d’être rendus.

ACTEURS PUBLICS : ARTICLE PUBLIE LE MARDI 25 SEPTEMBRE 2018 & PIERRE LABERRONDO

 

À Bastia, une réforme sous pression politique
Depuis des mois, les médias corses se font l’écho des inquiétudes des personnels de l’IRA de Bastia sur les conséquences locales de la réforme lancée au plan national. “Pour l’IRA de Bastia, si le nombre d’élèves formés restera identique, la formation ne durera plus que six mois en présentiel à Bastia, ont relevé en mars la CGT et la CFDT de l’institut. Bien évidemment, cela entraînera une baisse significative de l’impact économique de l’institut sur la vie de la ville. Ainsi, ce sont environ 70 foyers de moins que comptera la vie locale.” Le conseil municipal de Bastia – le fief du patron autonomiste de la Corse, Gilles Simeoni, qui a laissé les clés de la mairie en 2016 à l’un de ses proches, Pierre Savelli – a embrayé en votant, le 24 juillet dernier, une motion de soutien aux personnels des IRA, dont un des représentants siège par ailleurs au sein de l’exécutif municipal. La motion va jusqu’à s’inquiéter d’une remise en cause à terme “de l’existence même de cette institution au sein de notre ville”. La direction de l’IRA a tenté de déminer la situation et de balayer les inquiétudes en estimant qu’il ne s’agissait que d’une question de chronologie de la formation et que le temps réel passé à Bastia ne diminuerait pas de façon manifeste.

 

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