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Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

MUNICIPALES

18 Décembre 2018 , Rédigé par FO Services Publics 51

Pourquoi un maire sur deux souhaite passer la main en 2020

 

Selon une étude du Cevipof de Sciences Po, 49 % des maires déclarent vouloir abandonner tout mandat électif. Principales raisons d’abandon invoquées par les édiles : le souhait de se concentrer sur leur vie personnelle, le sentiment d’avoir rempli leur devoir civique, mais aussi les difficultés à satisfaire les demandes de leurs administrés et la perte d’influence notamment engendrée par la montée en puissance des intercommunalités. 
 

Un sentiment général partagé entre résignation et incertitude. C’est ce qu’expriment les maires moins de deux ans avant l’échéance des élections municipales, selon une enquête réalisée par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) en partenariat avec l’Associations des maires de France (AMF). Objectif de cette étude, dévoilée jeudi 15 novembre : dresser le portrait de ces édiles, connaître leurs trajectoires et “mieux appréhender” leurs difficultés.

“À l’enthousiasme du succès électoral succède aujourd’hui chez bon nombre de maires une certaine fatigue psychologique face aux attentes de plus en plus élevées des citoyens”, explique Martial Foucault, directeur du Cevipof et coordinateur de l’étude, basée sur les réponses à un questionnaire (de 63 questions) adressé à 35 357 maires. Au total, le taux de réponse au questionnaire s’établit à 13 % (soit 4 657 réponses complètes de maires) et à 20 % en tenant compte des réponses incomplètes (7 141 maires au total).

Crise des vocations

Conséquence de ces difficultés d’exercice : près d’un maire sur deux ne souhaite pas se représenter en 2020. Dans le détail, parmi les répondants au questionnaire du Cevipof, ils sont “déjà” 49 % à vouloir abandonner tout mandat électif et même 60 % pour ceux qui n’en sont qu’à leur premier mandat de maire. 

“Si cette tendance se confirmait dans les prochains mois, elle signifierait qu’au mieux 51 % des maires sortants seraient réélus, souligne Martial Foucault. Un tel renouvellement traduirait certes une vitalité de la démocratie locale, mais il met aussi en exergue une crise des vocations.” Dans ce (potentiel) contexte, un maire sur deux environ rempilerait. C’est 10 points de moins que lors du dernier scrutin. En 2014, en effet, 60 % des maires sortants avaient été réélus.

Sans surprise, les disparités sont nombreuses selon la taille de la commune considérée ou encore selon l’âge de l’élu local. Ainsi, comme le précise l’étude, les maires des communes de moins de 500 habitants sont 55 % à envisager l’abandon de leur mandat, contre 28 % pour les maires des communes de 5 000 à 10 000 habitants, 17 % pour les communes de plus de 10 000 habitants et 9 % pour celles comptant plus de 30 000 habitants.

Quant à l’âge du maire, celui-ci est “déterminant dans la décision d’abandon”, ajoute l’étude. Plus le maire d’une petite commune est âgé, plus le souhait de ne pas se représenter augmente. “Mais la taille de la commune n’explique pas tout,tempère Martial Foucault. Par exemple, les maires de plus de 70 ans sont près de 70 % à vouloir passer la main en 2020 contre 38 % des maires de moins de 57 ans dans les mêmes petites communes [de moins de 500 habitants, ndlr]”.

Relation “contribuable-fournisseur de services”

Pour justifier leur décision d’abandonner leur mandat, les maires interrogés dans l’enquête avancent une “multitude” de raisons. 71 % des maires mettent ainsi en avant leur souhait de privilégier leur vie personnelle et familiale, “quels que soient leur âge et leur situation matrimoniale”, 52 % estiment avoir rempli leur devoir civique en assumant la fonction de maire, 33,9 % invoquent un manque de moyens financiers et 14,8 % un manque de personnels.

“Et de manière plus alarmante, 36 % des maires expliquent avoir de plus en plus de difficultés à satisfaire les demandes de leurs administrés”, indique Martial Foucault. L’occasion pour le chercheur de se faire le relais des édiles municipaux, qui“déplorent une relation de plus en plus individualiste entre le citoyen et son représentant municipal” et même d’évoquer une relation “consumériste” vis-à-vis du maire.

“Les élus peuvent ressentir un malaise dans la représentation sociale de leur fonction, qui n’est plus seulement perçue comme un savant mélange de lien social, de proximité démocratique et de solidarité, mais de plus en plus comme une relation entre citoyen contribuable et maire fournisseur de services”, précise-t-il.

Parmi les autres raisons d’abandon invoquées par les maires, figurent notamment le sentiment d’être “inutile” pour 15,3 % des maires, l’engagement dans une association pour 7,3 % des interrogés, mais aussi le sentiment de “perte d’influence” pour 4,4 % des maires.

Méfiance vis-à-vis des intercommunalités

C’est en grande partie le rapport des maires aux regroupements intercommunaux qui explique cette dernière raison d’abandon. Ce regroupement, opéré au 1er janvier 2017 en application de la loi de 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), “suscite un grand nombre d’interrogations chez les maires, qui s’inquiètent de la réduction de leurs marges de manœuvre et de leur capacité d’action […]. En particulier, plusieurs d’entre eux font part d’un sentiment de dépossession politique et administratif”, précise l’étude.

Preuve de cette “relation méfiante” des maires à leurs intercommunalités : plus de 80 % des édiles interrogés considèrent que l’intercommunalité a beaucoup d’influence sur leur commune, alors qu’ils ne sont que 25 % à penser que leur commune exerce une influence sur l’intercommunalité.

“Cette relation asymétrique met en exergue la perte d’autonomie ressentie et vécue par plusieurs maires qui ont été élus sur des projets de transformation et d’amélioration du cadre de vie quotidien et qui ont l’impression d’être relégués aux fonctions d’officier d’état civil”, souligne Martial Foucault. Un constat qui, à n’en pas douter, sera au cœur des débats organisés dans le cadre du congrès de l’AMF, du 19 au 22 novembre prochains. À cette occasion, le directeur du Cevipof présentera d’ailleurs les résultats de son étude.

ACTEURS PUBLICS : ARTICLE PUBLIE LE VENDREDI 16 NOVEMBRE 2018 &  BASTIEN SCORDIA

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