Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

FONCTION PUBLIQUE

17 Mai 2016 , Rédigé par FO Services Publics 51

FONCTION PUBLIQUE
[OPINION]
Fonction publique : ni mort du statut, ni statu quo

 

Le DGS du Grand Narbonne - communauté d'agglomération défend la statut de la fonction publique territoriale contre la volonté de certains politique de "donner en pâture aux salariés du privé et aux chômeurs, les « privilégiés » du public". 

A la faveur de la crise qui se durcit, des craintes suscitées chez les salariés par le projet de loi El Khomri et de la proximité de l’élection présidentielle, ressurgit avec force la thématique de la fin du statut de la fonction publique.

Puisque les temps sont à la « modernité » et à la « flexibilité », puisque les politiques échouent à relancer la croissance, revient l’idée de donner en pâture aux salariés du privé et aux chômeurs, les « privilégiés » du public. Point d’orgue de cette offensive, la fin du statut, sauf pour les métiers de « souveraineté ou de puissance publique », catégorie dans laquelle les détracteurs du statut incluent diplomates, policiers, juges, mais aussi enseignants ou employés d’état-civil… mais en aucun cas « le responsable des espaces verts de la ville de Nevers ou celui des affaires culturelles de Calais », comme le dit un candidat déclaré à la magistrature suprême avec une pointe perceptible de mépris pour les métiers de proximité.

Mais si la stigmatisation des fonctionnaires constitue peut-être un bon créneau électoral, elle est de façon certaine pour le pays une fausse bonne solution.

 

Injuste et contre-productive

Cette remise en cause d’une institution, le service public, qui a fait les preuves de son efficacité pour permettre la qualité de la vie collective et l’épanouissement des individus, est à la fois injuste et contre-productive. Injuste car les fonctionnaires ne sont objectivement pas des privilégiés, comme le montre l’exemple de la territoriale, souvent la plus critiquée :

  • un salaire moyen de 1880 € nets par mois primes comprises (2202 €, moyenne nationale tous secteurs confondus) qui tombe à 1689 € chez les catégories C (77% des agents), et un salaire médian de 1659 € (1772 € moyenne nationale) ;
  • une retraite qui ne prend pas en compte les primes ;
  • une entrée et une progression dans la carrière par concours ;
  • une revalorisation du point d’indice attendue pendant 6 ans qui rapportera en année pleine 15 à 20 € nets par mois.

Injuste encore car des efforts ont été engagés pour améliorer la productivité : politique de réduction des effectifs, mouvements de fusions et de mutualisations, développement du numérique, de la mobilité et de la polyvalence. Mouvement accentué sous le double levier d’une réduction historique des concours financiers de l’Etat et de rapports des juridictions financières de plus en plus critiques envers les gestionnaires locaux, enjoints à ne pas recruter, ne pas s’endetter, ne pas augmenter la fiscalité tout en investissant, en appliquant les nouvelles normes et en offrant de nouveaux services réclamés par les habitants.

Contre-productive car le service public est consubstantiel à la promesse d’égalité et de solidarité républicaines, et constitue en période de crise un repère et un appui pour les citoyens. La suppression du statut revêt dans ce cadre une signification particulière : gage d’indépendance et de stabilité pour les agents comme pour les usagers, objet de fierté pour des salariés convaincus d’exercer un métier différent des autres et d’offrir non pas un bien de consommation mais du « vivre ensemble », de l’humain, de l’utile, du lien social, il est une parcelle de la reconnaissance que la collectivité renvoie à ses serviteurs en guise de gratification. Concevoir le statut comme seul vecteur de droits ou de privilèges est une grave erreur : il est avant tout vécu et ressenti – et à tous les échelons – comme un devoir, une charge, un engagement fort envers la collectivité.

Garant d’un patrimoine commun

La fonction publique française doit certes se moderniser, se réformer, rendre des comptes. Elle l’a compris et ce mouvement inéluctable est engagé.

Le statut doit sans doute également être revu dans le sens d’une meilleure souplesse dans la gestion des carrières, de la simplification des corps, d’une plus grande marge de manœuvre de l’employeur en matière de mobilité ou de discipline.

 

Pour autant, les postures électoralistes qui appellent à créer une « fonction publique du XXIe siècle » (comme si moins de fonctionnaires et des agents plus précaires était un progrès et un attribut de la modernité), qui proposent « moins d’agents mais mieux considérés » (le premier terme semblant prépondérant sur le second…), ne doivent pas conduire à casser l’essentiel : un outil qui fonctionne, qui a rendu d’infinis services à la Nation, et dont l’affaiblissement renforcerait encore le sentiment de précarisation, de relégation et de vulnérabilité des populations, notamment les plus modestes et ceux des territoires les plus « périphériques ».

Le statut est l’outil de cette « certaine idée de la fonction publique et du service public », le garant de ce patrimoine commun. Le démanteler, ce serait franchir une nouvelle étape dans l’affaiblissement du modèle républicain, au profit d’un modèle dérégulé, consumériste et gestionnaire, dont la société est déjà tout entière irriguée et dont beaucoup de Français ne veulent plus.

La gazette des communes : article publié  le 09/05/2016 • Mis à jour le 03/05/2016 • Par Auteur associé • dans : France, Opinions, Toute l'actu RH

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article