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Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

SANTE AU TRAVAIL

11 Mai 2022 , Rédigé par FO Services Publics 51

La santé mentale, un dossier brûlant pour la fonction publique

 

La circulaire du 23 février 2022 relative “aux actions de sensibilisation et de formation au secourisme en santé mentale dans la fonction publique” est porteuse d’espoir. Formation des managers, déstigmatisation des maladies mentales et prises en charge en amont seront les clés de succès du dispositif.

La circulaire consacrée à la santé mentale signée le 25 février dernier par les ministres Olivier Véran et Amélie de Montchalin entend remédier à la détresse psychologique des agents publics par l’instauration de “secouristes”. Car si la situation n’est pas nouvelle, elle s’est cruellement dégradée depuis le début la crise sanitaire.“Avant la crise, il y avait déjà 40 % des arrêts longs qui étaient liés à une problématique en lien avec la santé mentale, informe Mathilde Icard, directrice générale du centre départemental de gestion de la fonction publique territoriale du Nord et présidente de l’Association des DRH des grandes collectivités. Aujourd’hui, un agent sur 2 en arrêt long est confronté à un problème en lien avec la santé mentale comme le burn-out ou la dépression. C’est une problématique dont il faut s’emparer.”

Le plan du gouvernement pour le “secourisme en santé mentale”

C’est d’ailleurs ce qu’a fait de manière très active le centre de gestion (CDG) du Nord depuis bientôt trois ans. “À la suite des Assises nationales de la santé mentale et de la psychiatrie, un travail sur un programme de formation en santé mentale a été mené à destination des trois versants de la fonction publique, explique Mathilde Icard. Il y avait une demande très importante sur ce sujet, notamment de la part des collectivités.” 

Au titre de son action et de ses compétences en matière de prévention, le CDG du Nord a lancé une démarche d’étude en partenariat avec des chercheurs du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et des universitaires lillois.

“Nous avons amorcé un travail de réflexion avec les agents concernés, détaille Mathilde Icard. Il était essentiel de partir des problématiques des agents, des élus, des organisations syndicales et des professionnels de santé pour apporter des réponses adaptées aux besoins.”  Si pour l’instant, l’expérimentation n’est menée que dans le Nord, l’objectif est d’étendre le dispositif dès que possible à l’ensemble des collectivités. “Il y a un besoin criant de sensibilisation des managers, des élus et des organisations syndicales qui avouent être souvent démunis face à des situations de détresse psychologique difficiles à gérer”, assure Mathilde Icard. C’est d’ailleurs dans cette perspective que les formations de secouristes en santé mentale introduites dans la circulaire vont outiller les personnes qui ont justement à gérer ce type de situations délicates. 

Un enjeu managérial 

Un autre besoin ressort des échanges, celui d’identifier des personnes référentes sur lesquelles les agents concernés peuvent s’appuyer. “Nous travaillons sur une expérimentation pour lancer un réseau de pairs aidants sur les enjeux de santé mentale, un groupe rassemblant des personnes qui ont été concernées par ces problèmes et qui ont vécu ces réalités”, souligne Mathilde Icard. Et cette dernière de rappeler qu’il est essentiel, aujourd’hui, d’agir au maximum en amont avant que le trouble n’apparaisse, pour faire en sorte qu’il puisse cesser le plus tôt possible et que les personnes soient prises en charge de manière adaptée. “Le sujet doit être largement partagé, cette circulaire ne doit pas être vue comme un enjeu uniquement pour les professionnels de santé”, souligne Mathilde Icard.

Le texte, qui introduit donc la notion de secouriste en santé mentale, implique ainsi de désigner un référent au sein de la collectivité. “Il s’agit d’un véritable enjeu managérial, assène Mathilde Icard. Pour que cette circulaire fonctionne, il faut qu’un maximum d’agents soient formés et pas uniquement un référent santé mentale. Cette problématique doit être une priorité et se diffuser dans l’ensemble des organisations.” 

Le plus important, pour cette spécialiste, est d’agir en matière de prévention primaire, de comprendre pourquoi la personne en arrive à cette situation pour que le risque soit un maximum maîtrisé.

“Personne ne peut se satisfaire de la situation actuelle, insiste Mathilde Icard. Une personne sur deux qui peut être concernée, c’est un échec pour nos organisations.” L’enjeu est donc de repérer les situations de détresse psychologique le plus en amont possible et de réfléchir à la manière de faire pour que cela ne se reproduise pas. Selon Mathilde Icard, dans la plupart des situations, entre le moment où les premiers signes apparaissent et où la bascule s’effectue, il peut se passer trois ans.

Des syndicats mitigés sur le plan “Santé au travail”

“Cette formation de secouriste en santé mentale est avant tout une formation citoyenne qui permet à toute personne, quels que soient son âge et son activité professionnelle, de venir en aide à un collègue en prise avec une crise de santé mentale, au même titre que la formation aux gestes des premiers secours”, analyse Catherine Bodineau, responsable du pôle de compétence “Santé publique” au Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT). Et cette dernière d’ajouter que l’urgence mentale nécessite d’être prise en charge avec des clés de compréhension pour orienter au mieux la personne. 

Cette spécialiste remarque également que l’impact de telles situations peut être très important dans les organisations de travail, dans un contexte dans lequel il est aussi nécessaire et urgent de déstigmatiser la notion de maladie mentale. “Les représentations sont encore trop associées à des troubles psychiatriques qui seraient chroniques, presque incurables et qui peuvent faire peur, analyse Catherine Bodineau. C’est un terreau idéal pour la stigmatisation.” L’enjeu pour la fonction publique est également de travailler sur l’aspect “inclusion” et de reconnaître ainsi qu’une souffrance psychique peut être passagère et qu’une aide ponctuelle peut être apportée à une personne et peut tout simplement changer le cours de son existence. 

Prise de conscience 

Selon Catherine Bodineau, l’enjeu de cette circulaire est également de pouvoir toucher un grand nombre de personnes au contact du public dans les trois versants de la fonction publique. 

À noter que les premières formations de secours en santé mentale ont démarré avant la parution de la circulaire, à la suite d’une prise de conscience des enjeux au sortir de la crise sanitaire et face aux autres sujets sources d’anxiété (changement climatique, guerre en Urkaine, etc.). Très vite, le sujet a remporté un franc succès du côté des fonctionnaires territoriaux. En revanche, “le CNFPT ne pourra pas absorber l’ensemble des formations, l’enjeu est que les collectivités aient leurs propres formateurs en interne”, prévient Catherine Bodineau. Dans cette perspective, la circulaire propose une approche généraliste de la santé mentale avec 3 volets. Un premier qui correspond à une phase de connaissance générale, une formation aux premiers secours de deux jours et une troisième phase qui comprend la formation des formateurs. 

Dans le cadre de l’action de sensibilisation à la santé mentale auprès des agents de la fonction publique préconisée par la circulaire, le service santé du Centre national de la fonction publique territoriale organise une série de 4 webinaires de 2 heures consacrés à la promotion de la santé mentale. “Comprendre la santé mentale et ses influences”, “Santé mentale, en finir avec la stigmatisation”, “Prévention en santé mentale, apports des enquêtes et des données scientifiques” ou encore “Territorialisation et santé mentale”. 

acteurs publics : article publie le vendredi 15 avril 2022 & MARIE MALATERRE

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