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Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

QUALITE DE VIE AU TRAVAIL

5 Juillet 2024 , Rédigé par FO Services Publics 51

L’évaluation de la charge de travail dans la fonction publique reste un impensé managérial

Le problème de la charge de travail, notamment sous l’angle de la surcharge, concerne l’ensemble des administrations. Si elles manquent d’outils concrets pour mesurer et objectiver cette charge, certains éléments peuvent permettre de l’évaluer pour mieux la réguler.

La question de l’évaluation de la charge de travail dans la fonction publique fait partie des préoccupations des services des ressources humaines de bon nombre d’administrations. Pourtant, elles sont nombreuses à nous confier ne pas savoir comment appréhender le problème, ou véritablement engager de chantiers concrets pour l’évaluer. “On voit que la charge de travail dans le quotidien managérial est encore souvent un impensé, confirme Pierre Souchon, fondateur du cabinet de conseil en management Caracal, qui intervient exclusivement dans le secteur public. L’encadrant de proximité voit plutôt la question de la charge de travail comme un « piège managérial ». Cela l’expose à arbitrer, prioriser et faire des choix dans la gestion de l’équipe.”

Lorsque l’on se penche sur la question de la charge de travail dans la fonction publique, c’est bien souvent sous l’angle de la surcharge. En janvier 2023, la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) a publié une étude montrant que les contraintes liées aux rythmes et/ou à l’intensité du travail concernaient 27 % des agents publics. Ainsi, 45 % des répondants affirmaient devoir toujours ou souvent se dépêcher pour faire leur travail, et 68 % devoir régulièrement interrompre une tâche pour en effectuer une autre non prévue qui vient s’ajouter. “Il y a aussi des enjeux de continuité de service public qui font que la charge de travail dans la fonction publique est encore plus difficile à mesurer”, commente Pierre Souchon.

Évaluer la charge de travail des agents, un enjeu de taille en matière de gestion RH

Si le phénomène est général, pourquoi est-il si peu investigué ? Les administrations que nous avons sollicitées dans le cadre de cet article se réfèrent souvent au travail de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) en matière d’évaluation de la charge de travail. L’agence décrit notamment 3 dimensions dans la charge de travail : la charge prescrite, qui recouvre tout ce qu’il est demandé au plan qualitatif et quantitatif ; la charge réelle, qui correspond à ce qui est réellement réalisé ; et la charge vécue, qui ramène à la représentation que chacun se fait de sa charge et du sens de son travail. Trois dimensions qui rendent la charge de travail encore plus difficile à évaluer.

L’Anact avertit les employeurs : “Toute mesure de la charge de travail au sens strict se heurte à des difficultés considérables.” Le ton est donné. Il semble plus efficace de parler d’“évaluation” que de “mesure” de la charge de travail en procédant à une analyse de ce qui détermine concrètement la charge de travail, à savoir le contenu du travail, son organisation, les contraintes et les ressources. “Il faut se défaire d’une appréhension simpliste et d’une mesure objectivante de la charge de travail à partir d’un facteur unique”, avertit l’Anact.

La surcharge de travail dans la fonction publique, une source de vigilance

Certaines administrations se sont tout de même penchées sur la question, à l’image du ministère de la Transition écologique, qui a travaillé sur un guide destiné à “estimer et réguler la charge de travail des agents”. Partant du principe que la question fait partie des “préoccupations régulières des managers”, le ministère décrit pas à pas la marche à suivre pour évaluer et réguler la charge de travail.

Cela passe par la réalisation d’un plan de charge pour chaque agent du service, l’identification avec l’agent et l’analyse des difficultés rencontrées au niveau de la charge de travail en approfondissant différentes composantes et notamment les fameuses charges de travail prescrites, réelles ou vécues. 

“Dans le cadre des travaux que je mène au sein des collectivités, j’observe que les agents ont un regard à la fois mature et raisonnable sur leur travail”, glisse Pierre Souchon. Le guide préconise également la prise de photos lors de situations à problème qui pourront par la suite être analysées collectivement afin de trouver des pistes d’amélioration.

Prendre en compte le tempérament professionnel des agents

Autre exemple, au sein du centre de gestion de Haute-Savoie (CDG 74), qui a également réalisé un guide afin d’évaluer la charge de travail en septembre 2023. “La charge de travail reste un sujet prépondérant qui remonte autant de la part des employeurs que des agents, assure Valérie Bouvier, directrice générale du CDG 74. C’est bien souvent un sujet sur lequel le dialogue est rompu.” Pour l’ouvrir à nouveau, le CDG a donc produit un guide méthodologique qui a pour objectif d’interroger de manière précise la charge de travail vécue par chaque agent.

Il propose notamment un outil baptisé “La frise temporelle”, qui donne la possibilité à un agent d’évaluer, sur une journée, le temps réellement passé sur une tâche. “Cela permet de mettre à jour tout ce que fait l’agent et qui n’est pas sur sa fiche de poste mais qui vient tout de même se glisser dans sa charge de travail et, on le voit, les nombreuses interruptions liées à des urgences”, souligne Valérie Bouvier. Cette frise permet aussi de constater la multiplication des tâches dites bureautiques, qui viennent empiéter sur le temps consacré au travail opérationnel.

La surcharge de travail pèse dans l’éducation nationale

Si la question a été largement investiguée au sein de l’établissement public, sa directrice générale estime qu’il manque toujours des outils d’analyse objectivés, permettant de ne pas tomber dans un reporting systématique de décompte du temps passé sur telle ou telle tâche. “Il y a aussi une question de tempérament professionnel qu’il faut prendre en compte, remarque Valérie Bouvier. Deux agents ne vont pas aborder un même dossier de la même manière. L’un peut apporter une réponse en une heure quand un autre y passera deux fois plus de temps, mais apportera un résultat plus analytique.”

Autre tendance observée : le lien se fait de plus en plus entre la charge de travail et la qualité de vie au travail, alors qu’il n’était pas forcément évident il y a encore quelques années. Un nouvel élément qui pourrait amener les administrations à investir davantage le sujet.

ACTEURS PUBLICS : article publie le jeudi 06 juin 2024 & MARIE MALATERRE

 

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