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Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

SERVICES PUBLICS

2 Décembre 2020 , Rédigé par FO Services Publics 51

Quand la qualité de vie au travail rend les services publics plus efficaces

Les employeurs publics prennent à bras-le-corps la question de la qualité de vie au travail (QVT). Les initiatives locales se multiplient, portées par un cadre national plus favorable. Premier volet de notre dossier consacré à la QVT pour les agents publics.

Télétravail, bureaux confortables et fonctionnels, espaces de repos, sport, co-construction des décisions… sont quelques-unes des initiatives des administrations en vue d’améliorer la qualité de vie au travail (QVT) de leurs agents. Les enjeux de cette démarche consistant à “combiner qualité des conditions de vie et de travail des agents et qualité du service public”, selon la définition qu’en donne l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), sont multiples. Recherche d’autonomie pour les agents et de sens au travail, management participatif, construction d’un collectif de travail, évolution des métiers, élargissement des marges de manœuvre de l’encadrement intermédiaire, amélioration du dialogue social, meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, réponses aux nouvelles attentes des usagers, qualité du service public, maîtrise des coûts, lutte contre l’absentéisme ou attractivité… La démarche QVT est une réponse possible à ces défis remis au goût du jour par la crise sanitaire.

Depuis 2018, soit deux ans avant la grève des transports de fin 2019 et la crise du Covid-19, 70 % des agents du siège de la région Île-de-France télétravaillent jusqu’à 2 jours par semaine. Ils s’épargnent ainsi 1 h 48 de transport hebdomadaire en moyenne. Lors de la grève des transports de décembre 2019, leur productivité “n’a pas ralenti”, selon Fabienne Chol, directrice générale adjointe en charge des ressources humaines. Grâce à cette expérience, leur bascule en télétravail massif pour cause de confinement à partir de mi-mars 2020 a été fluide et immédiate.

 

Moins d’absentéisme et plus de productivité

À la métropole de Lyon, le télétravail est généralisé depuis début 2020. Les agents qui le pratiquent s’épargnent entre 45 minutes et 1 h 30 de trajet. Résultats : moins de stress pour eux, moins d’émissions de CO2 et un gain de temps pour l’employeur, puisque les agents réinvestissent dans leur travail presque la moitié du temps de trajet économisé. Les villes de Poissy (Yvelines) et de Suresnes (Hauts-de-Seine) misent de leur côté sur le sport et les activités culturelles. Leurs agents ont droit à deux heures de pratique sur leur temps de travail. Quant à la préfecture de la région Occitanie, elle veut ­populariser la “pause active”.

Ces collectivités territoriales ont en commun de se préoccuper de la santé de leurs salariés. Poissy et Suresnes partagent en outre la conviction que le sport génère un bien-être psychologique qui contribue à l’efficacité des agents, à l’esprit d’équipe et à la baisse de l’absentéisme. Un sujet délicat dans les collectivités locales, où le taux d’absentéisme des agents progresse depuis des années et pas seulement parce que tous leurs jours d’arrêt maladie leur étaient payés jusqu’en 2018. Adjointe au maire de Suresnes, Béatrice de Lavalette cite volontiers plusieurs études scientifiques qui établissent, par exemple, que l’activité physique améliore la productivité de 6 à 9 % ou réduit les congés maladie de 6 à 32 %. Elle relève également une baisse de l’absentéisme dans sa ville depuis que les agents peuvent pratiquer une activité sportive. Mais elle-même et son homologue à Poissy admettent également que le sport à lui seul ne peut expliquer de meilleures performances en matière de ressources humaines. Il faut aussi – et sans doute surtout – regarder du côté de la qualité du management et des relations sociales, estiment les deux élues.

C’est justement dans l’objectif d’améliorer des relations dégradées avec ses syndicats que le centre hospitalier de Roubaix, dans le Nord, a décidé d’améliorer les conditions de travail de ses salariées enceintes. Guillaume Couvreur, directeur des ressources humaines du centre hospitalier, a fait le pari que pour renouer le fil rompu de la relation avec les représentants du personnel, mieux valait discuter avec eux d’un sujet sur lequel le diagnostic est partagé – les agentes enceintes sont longtemps absentes – et l’objectif, commun à toutes les parties – améliorer les conditions de travail des femmes enceintes.

Grâce à l’opération “L’hôpital s’arrondit”, les motions de défiance contre la direction de l’établissement ont cessé et le dialogue social a été renoué. Incidemment, la durée des congés maladie des agentes enceintes a un peu diminué.

Lieu de travail informel

Car l’objectif du dialogue (avec les syndicats, avec les salariés) n’est pas seulement de produire un résultat, c’est aussi de créer du collectif, d’améliorer la compréhension du travail des agents par l’encadrement, source de respect mutuel. C’est aussi, comme le relève Karine Babule, chargée de mission à l’Anact, de faciliter “l’appropriation” d’un dispositif par les agents. Il est d’autant plus facile de faire accepter un changement que celui-ci est coconstruit, ou au moins négocié avec des contreparties. C’est grâce à cette méthode que la mairie de Suresnes a réussi à ouvrir sa médiathèque le dimanche et à créer une prime au mérite. C’est sans doute aussi de cette manière que les administrations parviendront à faire passer sans tension excessive quelques pilules amères, comme l’augmentation du temps de travail jusqu’à 1 607 heures décidée dans la loi de transformation de la fonction publique, ou l’allongement des carrières des catégories actives prévue dans la réforme des retraites…

La qualité de vie au travail des agents tient aussi tout simplement à celle des locaux. L’immeuble dans lequel se sont installés les services centraux du ministère de la Justice en 2016 a ainsi été pensé “pour le bien-être des agents”, explique Agnès Thibault-Lecuivre, porte-parole du ministère. Les bureaux sont lumineux et bien insonorisés, assure-t-elle. L’immeuble dispose aussi d’un atout que ne renierait pas une start-up : des “tisaneries”, qui servent à la fois de lieu de détente et de lieu de ­travail informel. Cette délicate attention, combinée à des salles de réunion bien équipées et à des locaux fonctionnels sont autant d’atouts pour attirer les “talents” dont le ministère a besoin, notamment en informatique. Accessoirement, cela a aidé à faire passer la pilule du déménagement auprès des agents, qui lui-même a permis des économies de charges locatives [lire l’article “Pas besoin d’un bureau austère pour travailler sérieusement !”].

 

Initiatives récompensées et financées

La réussite d’une démarche QVT tient notamment à l’implication de l’encadrement [lire encadré ci-dessous]. Vincent Berton, secrétaire général de la préfecture des Hauts-de-Seine, a fait une partie de sa carrière en province et en outre-mer. En arrivant en banlieue parisienne, il a constaté que les agents passaient de longues heures hors de leur domicile en raison des transports et a décidé de créer une conciergerie (pressing, cordonnerie, billetterie…). Ces services, ainsi que la grande terrasse où les agents peuvent s’aérer et l’espace “zen” où ils peuvent se détendre, “contribuent, selon Vincent Berton, à créer un climat paisible et rassurant”. La forte baisse du taux d’absentéisme des agents de la préfecture ne tient pas qu’à cela, mais en partie.

Ces différentes actions en faveur de la qualité de vie au travail des agents ont en commun d’être des initiatives locales. Toutefois, elles se réalisent dans un contexte national qui les favorise depuis quelques années. La direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP) a ainsi créé plusieurs trophées qui récompensent et financent des initiatives visant à améliorer la qualité de vie des agents de l’État [lire l’encadré ci-dessous]. La conciergerie de la préfecture des Hauts-de-Seine et le projet de pause active de la préfecture de la région Occitanie sont d’ailleurs lauréats d’un de ces prix. La DGAFP a en outre signé en 2016 un partenariat avec l’Anact, qui jusqu’alors agissait presque exclusivement pour le secteur privé. Il en est notamment sorti un “Guide de la qualité de vie au travail” dans la fonction publique, publié en 2019.

La prise en compte des enjeux de QVT au niveau central est lente, non linéaire, parfois soumise à des résistances, y compris de la part des syndicats. Il a ainsi fallu attendre la crise du Covid-19 pour que les conditions de mise en œuvre du télétravail soient assouplies, à la suite d’un décret pris en application de la loi du 6 août 2019 sur la transformation de la fonction publique... qui supprime par ailleurs les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). En 2015, la négociation de l’accord sur la QVT dans la fonction publique avait échoué, faute de syndicats majoritaires pour le signer – la CGT réclamait préalablement la fin des suppressions de postes dans les trois fonctions publiques.

Depuis, le gouvernement s’est fait remettre un rapport sur la santé au travail des fonctionnaires et a démarré une concertation sur le sujet avec les partenaires sociaux, interrompue en mars… pour cause de Covid-19.

9 règles d’or pour une démarche QVT réussie
• Portez la démarche au plus haut niveau. Les démarches QVT renouvellent les pratiques managériales et les relations entre agents et managers. “De telles évolutions, qui bousculent les cadres d’action et les acteurs, nécessitent un portage au plus haut niveau de l’organisation, tout au long des projets”, rappelle l’Anact dans son guide de la QVT*.
• Formez les acteurs. La formation des acteurs, particulièrement de l’encadrement, leur permettra de s’approprier la démarche QVT.
• Vérifiez leurs marges de manœuvre. Identifiez en amont les éléments sur lesquels les managers et les agents n’ont pas prise et qui peuvent modifier l’organisation des services et du travail.
• Mettez en avant la qualité du service public. Le présupposé d’une démarche QVT est que l’amélioration des conditions de travail des agents et celle de la qualité du service public qu’ils rendent sont liées.
• Pratiquez l’amélioration continue. Traitez les problèmes selon leur niveau de priorité, fixez des objectifs réalistes, ouvrez de nouveaux chantiers en fonction des attentes des usagers.
• Organisez une démarche participative. L’organisation d’une vraie démarche participative suppose du temps pour échanger sur les projets et de prendre en compte les résultats des concertations avant de décider.
• Développez les marges de manœuvre des responsables. Pour mener à bien leur projet, les décideurs doivent pouvoir développer leurs marges de manœuvre organisationnelles dans le cadre de contraintes budgétaires et de réorganisation des missions et des services.
• Proposez des outils adaptés à la structure.“Les démarches QVT sont ancrées dans la réalité des situations locales et ne sont en aucun cas des démarches clés en main”, rappelle l’Anact.
• Pratiquez le dialogue social. Négociez un accord de méthode ou un relevé de conclusions. L’expression des agents doit pouvoir remonter aux instances habituelles du dialogue social.
* “Guide de la qualité de vie au travail. Outils et méthodes pour conduire une démarche QVT”, Anact, DGAFP, 2018.

Plusieurs prix soutiennent les projets QVT dans les administrations
• Le fonds interministériel pour l’amélioration des conditions de travail (Fiact) a été créé en 2018 par le gouvernement et doté d’1 million d’euros. Il accompagne les services de l’État dans la mise en place de projets visant à améliorer les conditions de travail des agents publics. En 2020, le comité de sélection a retenu 54 projets : prévention santé et qualité de vie au travail de l’Insee Bourgogne-Franche-Comté ; intranet collaboratif du service hydrographique et océanographique de la Marine ; formation “communication et savoir-être lors d’intervention en milieu difficile dans le monde agricole” de la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de la Marne, etc.
• Le fonds d’innovation RH (FIRH) a été mis en place en 2017 par le gouvernement. Il est également doté d’1 million d’euros. Il vise à développer la culture de l’innovation RH des services de l’État. En 2020, le comité de sélection a examiné 72 dossiers et en a retenu 35, parmi lesquels un projet d’escape game porté par direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse d’Île-de-France et d’Outre-mer ; un parcours d’intégration pour le nouvel encadrant à l’administration centrale du ministère de l’Éducation nationale, etc.
• Le prix ADH (Association des directeurs d’hôpitaux) des valeurs hospitalières récompense les projets mis en place par les établissements pour favoriser l’égalité à l’hôpital et lutter contre les discriminations à travers 2 trophées dotés respectivement de 2 000 et 1 000 euros. En 2019, l’ADH a notamment récompensé le centre hospitalier de Roubaix pour son dispositif à destination des femmes enceintes, intitulé “L’hôpital s’arrondit”.
• Le Fonds en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la fonction publique (FEP) vise à cofinancer des projets portés par les administrations de l’État et leurs établissements publics afin de diffuser une culture de l’égalité. Parmi les 6 lauréats du FEP en 2019 et 2020 : une mini-série de la préfecture d’Île-de-France sur le sexisme ordinaire ; un podcast de femmes au parcours remarquable du ministère de la Culture ; le premier colloque “égalité” chez les sapeurs-pompiers du ministère de l’Intérieur.

acteurs publics : article publie le mercredi 25 novembre 2020 & EMMANUEL FRANCK

 

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