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Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

SERVICE PUBLIC

6 Mai 2024 , Rédigé par FO Services Publics 51

Les tiers-lieux, efficaces pour relayer le service public, pas pour le réinventer

Une évaluation du plan gouvernemental de soutien aux tiers-lieux lancé en 2019 conclut que les 300 “Fabriques de territoires” financées par l’État, bien qu’encore fragiles, ont facilité l’accès aux services de proximité et services publics, et contribué aux objectifs de politiques publiques locales. Le tout sans pouvoir vraiment apporter leur “plus-value expérimentale”.

L’État a-t-il bien eu raison de mettre son nez dans les affaires des tiers-lieux ? C’est, en substance, la question à laquelle l’agence Phare a été chargée de répondre. Et elle a répondu par l’affirmative. Depuis 2019, l’État a investi plus de 45 millions d’euros pour soutenir le développement de ces espaces ni privés ni publics, mais ouverts à tous et collaboratifs. Entre 2018 et 2023, leur nombre a doublé, pour passer de 1 800 à plus de 3 500, avec une grande diversité d’activités, et bien souvent entremêlées. On y trouve aussi bien des lieux de co-working, d'agriculture urbaine, d’inclusion numérique, de fabrication artisanale, de réparation et reconditionnement, ou encore d’accès à l’enseignement supérieur (avec les campus connectés), aux droits ou à la culture (micro-folies)… Autant de lieux qui offrent différents services d’intérêt général dans les territoires parfois délaissés. “Dans quelle mesure l’État parvient-il à soutenir la diversité des initiatives de l’écosystème des tiers-lieux et quels sont les effets de ce soutien sur leur développement ? À quelles conditions les tiers-lieux soutenus par l’État peuvent-ils avoir des impacts sur les territoires ? Dans quelle mesure les relations entre les tiers-lieux et l’action publique en sont-elles renforcées ?” s’est interrogé la mission d’évaluation, dont les conclusions ont été rendues publiques fin mars.

Le boom des tiers-lieux ne se dément pas

Premier enseignement, l’appel à projets “Fabriques de territoires” de l’État, qui visait à soutenir 300 tiers-lieux pour qu’à leur tour ils puissent accompagner le développement d’autres lieux autour d’eux, a bien eu un “effet décisif”. Et ce à la fois sur la “structuration, la salarisation et la professionnalisation des tiers-lieux”, notamment en les aidant à diversifier leurs activités, et donc leurs sources de revenus, et à s’ouvrir davantage aux différents acteurs de leur territoire, au-delà de la communauté initialement mobilisée. Une professionnalisation qui a permis “d’améliorer significativement la fréquence et la régularité des activités proposées en soutien de l’activité des bénévoles”. Elle reste néanmoins fragile, dans la mesure où elle repose beaucoup sur la personnalité et l’expérience de leurs fondateurs, face à des bénévoles et salariés qui ne restent jamais très longtemps. D’autant que toutes les Fabriques ne sont pas logées à la même enseigne. “Le financement de l’AMI a surtout renforcé une dynamique de salarisation et de professionnalisation pour les initiatives parapubliques gestionnaires de dispositifs d’action publique et fortement reconnues par les pouvoirs publics ; et pour les initiatives entrepreneuriales en mesure de lever des sources d’autofinancement”, précise l’étude. Par ailleurs, l’appel à projets a davantage permis aux Fabriques de consolider leur propre activité et à devenir des tiers-lieux de référence sur leur territoire, plutôt qu’à soutenir l’éclosion et la pérennisation d’autres tiers-lieux autour d’elles.

Des tiers-lieux d’intérêt général, vraiment ? 

La mission estime également que le soutien de l’État aux tiers-lieux a facilité l’accès à des services de proximité et même à des services publics. “Là où des services de proximité viennent à manquer, comme le constatent des élus rencontrés lors de cette recherche, elles agrègent ou suscitent des pôles d’activité multithématiques, selon des formats très variés (ateliers, événements festifs, actions de sensibilisation) et dans les champs aussi diversifiés que la créativité numérique, la médiation numérique, la production et l’alimentation durable, la culture ou la santé”, peut-on lire dans le rapport. Certains lieux accueillent par exemple les “Conseillers numériques France Services”, financés par l’État pour aider les Français en difficulté avec le numérique et en particulier les démarches administratives en ligne.

Même si leurs modes d’intervention ont eu une “efficacité modérée”, pour toucher tous les publics et pas seulement les convaincus. 

En résumé, les tiers-lieux ont été bénéfiques pour l'action publique, en se faisant les relais de politiques publiques locales ou nationales, et à l’inverse, leur rapprochement avec l’action publique, à ses objectifs et modes de faire, et donc leur “institutionnalisation” ne les a pas trop dénaturés. Il leur a aussi ouvert l’accès à de nouveaux publics, mais de façon assez limitée.

Soutenir sans trahir, la gageure du gouvernement face aux tiers-lieux

Pour autant, l’étude pointe plusieurs défis et limites : la trop faible association des fabriques aux politiques d’aménagement du territoire des collectivités, et l’inégalité entre tiers-lieux, au détriment des plus ruraux, où les perspectives de partenariat et donc de co-financement sont beaucoup moins nombreuses. “Seule l’intervention de l’État, via le soutien inconditionnel à la création de lieux et/ou via le déploiement de nouveaux services publics à l’échelle locale, permet d’offrir, sur les territoires les plus ruraux et les moins dotés en ressources locales, les moyens de développer des activités fréquentes et régulières”, pointe le rapport. 

Par ailleurs, le positionnement de fabriques en relais de services publics les a poussés à adopter une logique de gestionnaire et de guichet, au détriment d’une logique de commun et de coopération. “L’administration par les Fabriques d’un service destiné au plus grand nombre a impliqué l’adoption de logiques gestionnaires et professionnelles qui instaurent des barrières entre les pourvoyeurs du service et leurs bénéficiaires ; et éloignent, in fine, ces dernières de la gestion collective et collaborative des ressources et du lieu”, a observé la mission. Au bout du compte, les marges de manœuvre des tiers-lieux - pourtant loués pour leur capacité d’expérimentation - pour adapter des services publics “très normés” aux publics de leur territoire sont presque inexistantes. Pas de révolution donc dans la manière de délivrer ou de construire les services publics.

ACTEURS PUBLICS : article publie le lundi 08 avril 2024 & EMILE MARZOLF

 

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