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Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

FORMATIONS COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

12 Mars 2020 , Rédigé par FO Services Publics 51

Franck Périnet : “Le détachement de l’Inet du CNFPT est une ligne rouge”

 

Pour son directeur, la transformation de l’Institut national des études des études territoriales (Inet) en un établissement public autonome distinct du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) porterait préjudice aux collectivités et à la décentralisation. Autre mesure du rapport Thiriez pointée par Franck Périnet dans cet entretien pour Acteurs publics : le tronc commun de formation, qui remettrait “de l’uniformité là où il y a de la variété”. Le gouvernement tranchera en avril.

 

Séparer l’Inet du CNFPT et le transformer en un établissement public autonome est l’une des mesures phares du rapport Thiriez concernant le champ territorial. Qu’en pensez-vous ?
Le rapport a enfin été publié et son contenu n’est pas véritablement une surprise. De nombreuses propositions sont intéressantes, mais certaines ne sont pas favorables aux collectivités locales. Le détachement de l’Inet du CNFPT est le point majeur de notre réaction négative, c’est pour nous une ligne rouge. Ce n’est souhaitable ni pour l’Inet, ni pour le CNFPT, ni pour la fonction publique territoriale tout entière et de fait, ni pour les élus locaux et pour la décentralisation. Nous pouvons être fiers de notre modèle de formation qui accompagne la décentralisation, c’est-à-dire la démocratie locale au plus près des habitants, depuis des dizaines d’années. Les compétences des fonctionnaires territoriaux évoluent au rythme des enjeux portés par les communes, intercommunalités, départements, régions. En détachant l’Inet, l’unité de la fonction publique territoriale serait fragilisée au profit de la recherche d’une unité de la fonction publique de l’État. L’État pourrait s’inspirer de notre modèle de formation sans le remettre ainsi en question.

Un tronc commun de formation de six mois entre 7 écoles destiné à développer une culture partagée est proposé. Mais seuls les administrateurs territoriaux venus du concours externe seraient concernés. Est-ce souhaitable ?
Ce tronc commun embrasse trop large et est trop important en durée. Il porte par ailleurs des effets négatifs puisqu’il n’intègre qu’une partie seulement des élèves de l’Inet – les administrateurs externes – qui seraient séparés des élèves conservateurs du patrimoine, conservateurs des bibliothèques et ingénieurs en chef. Les élèves concernés seraient insuffisamment préparés aux fonctions de direction des collectivités auprès des élus locaux. Si elle était mise en œuvre, cette proposition viendrait altérer un modèle de formation reposant sur la variété des métiers, des profils et des générations. Ce “moule” risquerait de remettre de l’uniformité là où on a de la variété. Cette réponse n’est pas la bonne ! Néanmoins, je reste persuadé qu’il est nécessaire de continuer à développer les synergies entre tous les acteurs publics d’un territoire pour proposer toujours un service public de qualité. Il existe déjà des formations communes entre l’ENA, l’Inet et l’EHESP [l’École des hautes études en santé publique, ndlr]. Le Réseau des écoles de service public (RESP), dont l’Inet est membre, a aussi cette vocation de croiser les compétences, les pratiques pédagogiques et de construire des formations communes pour les cadres des trois versants de la fonction publique. Nous sommes sur le bon chemin.

L’approche privilégiée est-elle trop centrée sur l’État ?
Le sujet de départ est celui de la place de l’ENA dans la société. Les réponses privilégiées qui visent à interroger son modèle de formation fragilisent dans le même temps celui qui est propre à la territoriale. Et à y regarder de très près, ce prisme et ses conséquences est présent tout au long du rapport. Ce n’est évidemment pas la bonne entrée ni la bonne approche.

Certaines préconisations, tels les enjeux de priorité, égalité des chances, diversité des profils ou place des doctorants, vont-elles dans le bon sens ?
Les points que vous évoquez sont des enjeux forts et les propositions formulées dans le rapport sont très intéressantes. Nous devons en effet renforcer l’attractivité des emplois publics pour répondre aux défis proposés aux administrations et aux collectivités. Nous avons besoin de compétences nouvelles alors que les transformations de nos organisations sont profondes.

L’amélioration de la parité dans les concours et dans les promotions est avérée et réelle, mais elle doit être accélérée. Ce qui est encore avancé concernant la composition des jurys, la recherche de candidats issus de toutes origines, la diversité des profils qui rejoignent nos écoles est là encore pertinent. Une partie du chemin a été accompli sur ces enjeux, mais nous avons encore largement à progresser.

Qu’attendez-vous du gouvernement, qui dira fin avril ce qu’il retient du rapport ?
Je ne peux pas me permettre de préjuger des décisions qui seront prises sur la base de ce rapport et sur la base, je pense – et j’espère ! –, d’une réelle et large concertation avec l’ensemble des acteurs, y compris, bien sûr, avec ceux de la fonction publique territoriale, notamment le CNFPT et son président, et les employeurs locaux. J’insiste seulement sur la nécessité de respecter la décentralisation et les compétences des fonctionnaires. L’Inet peut inspirer le modèle à venir. Il ne doit pas être altéré !

Pour changer de sujet, quel bilan faites-vous du hackathon que vous aviez coorganisé mi-février autour de 24 défis pour améliorer les services aux usagers ?
Cet événement qui a réuni plus de 240 élèves de l’ENA, de l’Inet, de l’École de commerce de Strasbourg, de l’ENM, et de l’école informatique Epitech de Strasbourg dit beaucoup de notre manière d’appréhender la formation. Les élèves ont travaillé en même temps sur 24 sujets qui avaient pour dénominateurs communs le service aux usagers et l’intérêt général, dans une approche très concrète abordant par exemple la lutte contre les violences faites aux femmes, l’amélioration de l’accès aux cartes grises, l’emploi des seniors, etc. Ces sujets sont directement issus des problématiques des habitants et des territoires. Cette semaine a par ailleurs pris la forme d’un hackathon, c’est-à-dire une forme de travail rapide et créative avec la volonté de trouver des réponses innovantes rapidement déclinables d’un point de vue opérationnel. C’est une manière de travailler inspirante et efficace, éloignée de l’inertie et de la comitologie que l’on peut parfois regretter ici ou là.

Faut-il en finir avec les formations théoriques, descendantes et verticales d’il y a dix ou vingt ans et les remplacer par des formations plus opérationnelles ?
S’il faut bien sûr préserver les apports théoriques et la transmission des savoirs fondamentaux, nos élèves sont déjà très bien préparés puisqu’ils ont suivi préalablement un cursus universitaire de haut niveau et passé des concours exigeants.

Il ne s’agit donc pas tant de consolider des connaissances fondamentales que de développer une capacité à travailler de manière agile et ouverte. Un schéma descendant et vertical ne correspond pas à notre modèle pédagogique et ne préparerait pas à la réalité du terrain et au travail avec les élus locaux et avec les habitants des territoires. Il faut mettre en avant la coconception avec les acteurs des territoires dans un frottement permanent des idées. Personne ne peut plus venir poser son savoir et affirmer qu’il s’impose à tous parce qu’il émanerait de telle ou telle autorité. L’autorité naît du dialogue permanent. On s’expose, on apprend à se connaître et on décloisonne les formations et de fait, demain, les administrations. Cela apprend aussi l’humilité !

L'entretien du nouveau directeur de l'@INET_CNFPT, Franck Périnet : "L'action publique se coconstruit en prise avec les territoires. Il faut casser les représentations cloisonnées de l'action publique...

Vous avez pris vos fonctions le 1er octobre dernier. Quel premier bilan faites-vous ?
Je connaissais bien le CNFPT et l’Inet pour y être passé et y être intervenu. Je mesure aujourd’hui pleinement leur portée et leur utilité. Le CNFPT a ainsi formé 1 million de fonctionnaires en 2019 ! L’interaction avec les collectivités est permanente pour s’ajuster à leurs besoins et anticiper les attentes de demain. Futurs directeurs généraux des services et cadres territoriaux, les élèves sont moteurs de leur formation. L’Inet est un modèle qui répond aux défis du monde territorial, mais il faut bien sûr l’adapter en permanence. Cela passe par l’ouverture à tel ou tel partenaire de la recherche, par l’ajustement sur les volumes de formation, par l’adaptation des modules, etc. Il faut continuer de faire bouger notre modèle pour préserver son agilité car les défis des territoires évoluent tous les jours. Nous devons être en prise avec les demandes des habitants, des usagers et des élus locaux. Le cadre de direction de nos territoires n’est pas et ne doit pas être hors sol !

 

acteurs publics : ARTICLE PUBLIE LE LUNDI 24 FEVRIER 2020 & SYLVAIN HENRY

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