DIALOGUE SOCIAL
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Élections professionnelles dans la fonction publique : les syndicats en campagne dans un paysage bouleversé.
À quelques mois du scrutin professionnel du 10 décembre, les organisations syndicales de la fonction publique sont sur le pont. Tracts, réseaux sociaux, présence de terrain, adaptation au vote électronique : les stratégies de campagne se déploient dans un contexte marqué par l'érosion de la participation et les transformations issues de la loi de 2019.
La campagne est lancée ! En tout cas, l’ensemble des organisations syndicales de la fonction publique sont mobilisées en vue des prochaines élections professionnelles qui se dérouleront le 10 décembre.
Si les vieilles méthodes, comme les tracts, les guides édités à destination des militants et agents ou encore les kits de communication fonctionnent encore et restent absolument indispensables pour être visibles, rien ne remplace le contact direct. “Les essentiels d’une bonne campagne sont des représentants efficaces sur le terrain portant des revendications en adéquation avec les attentes des agents, estime Pascal Kessler, président de la FA-FP. Il faut un message et un discours qui leur parlent. L’enjeu, c’est la proximité.”
Un point de vue partagé par Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques. L’organisation a d’ores et déjà outillé les militants des trois versants, tandis que les différentes fédérations travaillent aussi sur ces élections dans la fonction publique, autour d’une communication sectorielle. “Pour nous, les élections, c’est aller vers les agents, défendre leurs conditions de travail, leurs rémunérations, détaille-t-elle. Nous faisons un syndicalisme d’adhérents, et nous nous reposons sur ce que nous livrent les agents sur le terrain.”
“Pour Solidaires, la campagne, c’est d’abord le travail quotidien mené par les équipes, enchaîne Gaëlle Martinez, déléguée générale de Solidaires Fonction publique. C’est chaque jour pendant quatre ans que l’on se bat.” Elle concède néanmoins qu’il reste dans les mois qui précèdent le scrutin un enjeu à faire connaître les syndicats, notamment en montrant ce qui a été gagné.
Le rôle essentiel de l’administration
Sur le fond, le défi numéro un reste indéniablement celui de la participation. Une préoccupation présente à l’esprit de l’ensemble des responsables syndicaux que nous avons interrogés. “Ce point ne relève pas de la communication syndicale, mais bien de l’administration, estime néanmoins Gaëlle Martinez. C’est elle qui doit s’assurer de bien faire connaître l’échéance, son importance, et s’assurer que tout est fait pour que personne ne soit exclu du vote, que ce soit en termes d’accessibilité ou de clarté des procédures de vote.” Car les baisses de participation enregistrées lors des dernières élections politiques laissent craindre le pire quant au prochain scrutin professionnel dans la fonction publique.
Pour rappel, la participation y avait de nouveau reculé en 2022 pour atteindre 43,7 % contre 49,8 % aux élections de 2018.
Les syndicats s’accordent à dire et à répéter que la responsabilité de l’administration sur ce sujet est essentielle, d’une part pour rappeler le rôle des représentants des personnels, et d’autre part pour inciter à voter.
Imbriqué dans cet enjeu de participation, le sujet du vote électronique inquiète et les organisations syndicales en font un sujet de communication en tant que tel dans le cadre de cette campagne. À l’image du scrutin de 2022, le vote électronique sera la règle cette année dans la fonction publique d’État. Dans la territoriale et l’hospitalière, il n’est pas obligatoire, mais les établissements et collectivités peuvent néanmoins y recourir sur dérogation.
“Le vote électronique induit une perte de la dimension collective du vote, mais aussi de sa visibilité, analyse Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU Fonction publique. Toutes les dynamiques de vote qui pouvaient exister à l’échelle des administrations et concentrées sur une journée s’amenuisent et l’enjeu pour nous est de communiquer sur les élections professionnelles en tant qu’événement, pensé collectivement et non pour chaque agent, derrière son ordinateur.”
L’enjeu se matérialise d’ailleurs dans le contenu des tracts et affiches de campagne, notamment à travers des conseils techniques et pratiques sur le vote électronique, qui restent nécessaires pour un certain nombre d’agents ne travaillant pas derrière un bureau.
D’autant que certains d’entre eux vont devoir voter plusieurs fois, par exemple dans le versant territorial et les élections des représentants syndicaux à la CNRACL, la caisse de retraites des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers qui concerne même les retraités. Un enjeu supplémentaire en matière de communication.
À l’autre bout du spectre, intervient aussi la nécessité de s’adapter aux agents les plus jeunes, dans la mesure où ils sont nombreux à ne pas participer aux élections politiques. “Nous sommes évidemment présents sur les réseaux sociaux pour toucher les jeunes agents, confirme Luc Farré, secrétaire général de l’Unsa Fonction publique. Nous travaillons aussi à l’adaptation de nos outils numériques aux agents porteurs de handicap.” Le maître-mot de cette campagne est l’adaptation pour ne pas rater un contact avec un agent ou l’une de ses questions. C’est d’autant plus vrai que le positionnement des syndicats a incontestablement changé depuis la loi de transformation de la fonction publique de 2019.
Axer sa communication sur la pédagogie
Ces derniers ne le cachent pas : la réduction des compétences des commissions administratives paritaires (CAP) et le fait que les représentants du personnel n’ont plus la capacité d’intervenir directement dans tout ce qui touche aux promotions et mobilités ont inévitablement changé la donne et la manière de s’adresser aux agents. “Avant, les agents étaient bien évidemment très intéressés par les informations que l’on pouvait leur donner sur le déroulement de leur carrière à la suite des commissions et c’était véritablement un point central de notre communication localement”, concède Pascal Kessler pour la FA-FP.
Aujourd’hui, la communication à l’approche des élections professionnelles se déporte sur des sujets de conditions de travail, de rémunération et les syndicats sont nombreux à rapporter le développement d’échanges en tête-à-tête avec les agents et moins de réunions générales.
La campagne autour des élections professionnelles est plus que jamais cette année axée sur la pédagogie, avec des agents qui n’ont pas forcément en tête toutes les modifications issues de la loi de transformation de la fonction publique et ses répercussions sur leur représentation au sein des instances. “Nous sommes également là pour expliquer, confirme Sylviane Brousse, de la CGT fonction publique. Si les compétences des CAP ont été réduites, il faut réaffirmer leur importance, notamment sur les sujets disciplinaires et les conseils médicaux.”
Charge également aux syndicats de communiquer et de convaincre autour des grands enjeux à défendre dans une période où les tentatives pour réduire les droits des agents ont été à la fois fortes et nombreuses.
ACTEURS PUBLICS : Article publié le mardi 19 mai 2026 & Marie MALATERRE
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