ATTRACTIVITE FONCTION PUBLIQUE
Le logement, un chantier stratégique pour l'attractivité de la fonction publique mais qui peine à émerger politiquement
Le logement des agents publics, sujet de prédilection du nouveau ministre délégué à la Fonction publique, David Amiel, reste un casse‑tête majeur. Malgré quelques initiatives récentes, les dispositifs concrets tardent à voir le jour. Un frein croissant à l'attractivité des trois versants, aggravé par la crise immobilière et le gel des rémunérations.
Avec le nouveau ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la réforme de l’État, auteur d’un rapport et d’une proposition de loi (PPL) sur le sujet, il y a fort à parier que la question du logement des agents occupera une bonne place sur la feuille de route ministérielle. Si, pour l’heure, aucun calendrier autour d’éventuels travaux ou reprise d’examen de la PPL n’est prévu, l’entourage du ministre assure que le logement des agents publics constituera l’un des temps forts de son action ; il a par ailleurs déclaré vouloir faire des conditions de vie et de travail des agents publics l’une de ses priorités.
Car si la question n’a jamais autant avancé ces dernières années, le chemin à parcourir reste long et sinueux. “Ce rapport est un cri d’alarme”, écrivait David Amiel en avril 2024, alors député Renaissance, dans un rapport sur la question du logement des agents publics. “De nombreux agents ne parviennent plus à habiter à une distance raisonnable de leurs emplois. Certains acceptent des trajets considérables, au détriment de leur vie de famille, et au prix de dépenses importantes. D’autres se logent dans des conditions fortement dégradées”, avait‑il aussi dénoncé, formulant, dans le même temps, 26 recommandations.
Par la suite, l’exécutif a pris le problème à bras‑le‑corps à travers plusieurs chantiers marquants, mais qui n’ont pas tous été achevés. Concernant le pilotage, la mère des batailles, le projet de création d’une délégation interministérielle au logement des agents publics (Diloap) porté par Stanislas Guerini au début du quinquennat a été abandonné juste avant l’été par son successeur Laurent Marcangeli lequel avait, à la place, installé un coordinateur au logement au sein de la DRH de l’État. Un portage administratif moins fort perçu comme un pas en arrière, notamment par les syndicats.
Chantier phare : le portail consacré au logement des agents publics, lancé en décembre 2024, a beaucoup déçu. S’il permet de trouver en un même endroit toute l’information ayant trait aux dispositifs en lien avec le logement (que ce soit en matière de location et d’accession à la propriété), le contenu publié n’est pas spécifique aux agents publics et n’ouvre que sur très peu d’offres concrètes. C’était pourtant l’une des promesses initiales de la plateforme, l’exécutif l’ayant présenté au moment de son lancement comme le “Seloger.com” des agents publics.
Pourtant, l’accès au logement des agents publics reste indéniablement un frein à l’attractivité de la fonction publique. C’est d’ailleurs l’un des principaux enseignements que l’on peut retirer d’une étude réalisée par l’Association des DRH des grandes collectivités en partenariat avec l’Institut national des études territoriales (Inet) sur la question : “Attractivité, fidélisation et bien‑vivre au travail : rôle et responsabilités des employeurs territoriaux dans l’accès au logement des agents.”
Elle confirme que la tension immobilière a un impact croissant sur la politique des ressources humaines des collectivités, en matière d’attractivité, de fidélisation et de bien‑vivre au travail des agents publics. “Cela est d’autant plus vrai que ces tensions immobilières n’ont été, dans les dernières années, que peu compensées par des hausses de salaire des agents publics territoriaux”, font notamment valoir les auteurs de l’étude. Et si le nombre de logements a doublé en cinquante ans, suivant les dynamiques démographiques, beaucoup de logements ne sont pas en adéquation avec la demande puisque trop coûteux ou mal placés, et le nombre de constructions a aujourd’hui tendance à ralentir.
Encore peu de dispositifs concrets
Il semble pourtant que les employeurs publics aient un rôle majeur à jouer en la matière, notamment au regard de la concurrence qui s’impose avec les autres employeurs au sein d’un territoire. Si les problèmes posés par la tension immobilière sont conscientisés, “ils aboutissent encore peu à des dispositifs concrets à destination spécifique des agents publics”, affirment les auteurs de l’étude.
Ainsi, 16 collectivités sur les 35 interrogées dans le cadre de l’étude déclarent ne pas avoir mis en place de dispositifs concernant le logement de leurs agents, les autres ayant développé des dispositifs plus ou moins ambitieux, comme des logements d’urgence, temporaires, ou proposé une aide au montage des dossiers d’accès au logement social.
Si cela peut être considéré comme étant un résultat encourageant avec plus de la moitié des collectivités interrogées qui proposent des dispositifs spécifiques, il faut tout de même souligner que “les collectivités ayant répondu au questionnaire ou interrogées lors des entretiens sont avant tout des collectivités volontaristes sur le sujet et/ou ayant identifié la problématique”, préviennent les auteurs de l’étude.
Ils formulent par ailleurs 19 recommandations destinées aux collectivités, mais qui peuvent inspirer dans les autres versants comme la nécessité d’établir des indicateurs permettant de réaliser un état des lieux sur les enjeux liés au logement des agents, encourager les liens entre les services RH, logement‑aménagement et patrimoine au sein des collectivités et créer, si nécessaire, une équipe projet dédiée, encourager également les collectivités territoriales à participer à l’alimentation de la plateforme nationale de logement des agents publics ou encore réformer l’indemnité de résidence en actualisant, a minima, ses modalités de calcul.
Après la fonction publique d’État et la territoriale, cette problématique du logement des agents publics concerne également le versant hospitalier. Selon une enquête RH menée au cours de l’été 2025 par la Fédération hospitalière de France (FHF), l’accès au logement constitue une demande des candidats à l’occasion du process de recrutement pour près de la moitié des DRH, en particulier dans les zones dans lesquelles l’immobilier reste cher ou rare. Si une politique RH ciblée permet de lever des freins, “construire une telle politique nécessite de mobiliser des outils de la politique du logement, voire de l’urbanisme, dans le champ des règles de la commande publique et de la domanialité, ce qui peut s’avérer complexe, ou justifier d’utiliser des approches inusuelles ou novatrices”, développe la FHF. Une telle stratégie nécessite indéniablement un accompagnement, surtout pour les établissements de taille modeste.
La crise du logement dans l’hospitalière va même jusqu’à toucher les étudiants de l’EHESP victime d’un parc sous‑dimensionné eu égard aux tailles des promotions d’élèves fonctionnaires en augmentation. Un dossier brûlant s’il en est.
ACTEURS PUBLICS : Article publié le mercredi 05 novembre 2025 & Marie MALATERRE