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Syndicat Force Ouvrière des Services Publics de la Marne

NUMERIQUE

13 Novembre 2025 , Rédigé par FO Services Publics 51

Les collectivités à la recherche de leur propre modèle de messagerie sécurisée

Alors que la messagerie Tchap semble désormais bien ancrée dans les ministères, les collectivités sont toujours à la recherche de leur propre modèle, en l'absence d'action de la part de l’État. Elles sont désormais sur le point de disposer de leur propre modèle libre, similaire à Tchap.

Les collectivités ont‑elles senti que l’État pourrait un jour les priver de l’accès à la messagerie Tchap  ? Toujours est‑il que ces dernières n’ont pas attendu pour lancer leur propre modèle. À l’occasion de l’évènement Numérique en Commun(s), qui se tient depuis les 29 et 30 octobre, à Strasbourg, un premier groupe de travail a été mis sur pied, sur une initiative de l’Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales (Adullact).

Le projet  : fonder une messagerie libre, sécurisée et souveraine, sur le modèle libre de la fondation Matrix – le même qu’utilisé pour Tchap – permettant aux agents des collectivités de discuter en sécurité. Les collectivités font en effet face à une demande croissante d’un modèle harmonisé, et qui s’inscrit dans la mouvance des logiciels libres. C’est tout l’intérêt de cette “première rencontre du groupe de travail pour poser les bases ensemble et prendre le temps de construire les bases d’une communauté”, telle que l’a intitulée l’Adullact.

Car si Tchap semble avoir bien pris dans les ministères, il en va autrement dans les collectivités. Jusqu’ici l’accès à la messagerie Tchap de l’État était ouvert aux agents des collectivités locales. À en croire les dires de plusieurs agents territoriaux, notamment dans les directions de systèmes d’information, Tchap n’a pas du tout pris, notamment en raison d’un manque de formation et de communication regretté par beaucoup d’entre eux. Certains n’ont pas attendu et ont entrepris de travailler avec d’autres modèles sécurisés. À Villeurbanne, par exemple, le directeur de la transformation numérique indique que la ville “ne s’est pas encore penchée sur Tchap, le contexte de fin de mandat n’étant pas propice pour des changements majeurs dans les outils et les pratiques”.

La ville utilise une suite collaborative lyonnaise, open source et souveraine hébergée en France. Et, visiblement, la situation va évoluer dans cette même tendance  : la Dinum devrait acter la fermeture de Tchap aux collectivités, la réservant désormais uniquement aux agents de l’administration centrale. Et ce, dès la fin de l’année.

Une solution compatible et fédératrice

“Il faut reconnaître que les collectivités s’autoadministrent, ce qui leur permet une forme de résilience vis‑à‑vis de l’État, d’autant qu’il n’est pas sain que le système des collectivités dépende de celui de l’administration centrale”, tempère Stéphane Vangheluwe, directeur du Sitiv (Syndicat Intercommunal des Technologies de l’Information pour les Villes), membre de l’association Déclic (pour le numérique dans les collectivités), et membre du comité d’administration de l’Adullact. “En parallèle, il y a quand même du sens à ce que les projets entre les collectivités et l’État soient coordonnés, que tout ne parte pas dans des directions différentes. On peut facilement imaginer un Tchap des collectivités, fédérateur et compatible”, poursuit‑il.

En outre, la messagerie, en l’état, ne semble de toute façon pas adaptée aux besoins des collectivités  : un directeur des systèmes d’information de Normandie indique que si “Tchap est une messagerie sécurisée pour les agents publics, elle reste principalement orientée vers les fonctionnaires d’État et non la collectivité territoriale. Nous devrions effectuer une démarche spécifique pour y accéder en faisant reconnaître notre nom de domaine de messagerie professionnelle”. De fait, les partenaires extérieurs, comme les élus ou les prestataires, peuvent être invités sur Tchap, mais leur accès est restreint  : ils ne peuvent pas créer de salons, accéder à l’annuaire ou participer aux forums publics. “Cela réduit l’intérêt de Tchap pour les projets collaboratifs”, regrette‑t‑il.

De nécessaires moyens à trouver

Pour créer cette nouvelle messagerie, qui n’en est encore qu’à l’état de volonté, “il faudra de la mise en œuvre technique et organisationnelle”, concède Stéphane Vangheluwe. “Ces moyens sont imaginés via l’association Déclic et l’Adullact, mais pour les moyens financiers, nous espérons une participation de la Dinum dans le cadre du projet de la Transformation numérique des territoires”, point qui est aujourd’hui non acquis. D’autant que, à en croire le président du Sitiv, l’ANCT campe sur les positions lui ayant été missionnées par l’État, à savoir la fourniture d’une “suite numérique territoriale” pour les collectivités, suite qui existe bien aujourd’hui, mais ne concerne que les collectivités de moins de 3 500 habitants. Or, cette messagerie envisagée par les collectivités concernerait un bien plus large périmètre.

“Il y a une coordination volontaire sur ce projet, qui n’est encore que naissance  : nous essayons par exemple d’imaginer la suite du soutien de l’État à la fondation Matrix, pour que les collectivités puissent ajouter leur propre pierre à l’édifice et déployer leur propre solution”, imagine Stéphane Vangheluwe. Le projet fait en tout cas mouche  : une centaine d’agents et acteurs ont répondu présents à ce premier groupe de travail.

ACTEURS PUBLICS : Article publié le jeudi 30 octobre 2025 & Victoria BEURNEZ  

 

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